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Neurodiversité

Voir les forces avant les difficultés

Changer de regard sur la neurodiversité, c'est d'abord partir de ce que l'enfant sait déjà faire.

L'équipe HelpiPublié le 9 min de lecture

Réunion de fin de trimestre. Pendant quarante minutes, on vous parle de ce qui ne va pas : l'agitation, les oublis, l'écriture, les conflits dans la cour. Vous ressortez avec une liste de difficultés, et l'image d'un enfant qui ne ressemble pas à celui qui, à la maison, vous explique le cycle de l'eau avec passion, fait rire sa petite sœur et répare le vélo du voisin.

Les difficultés d'un enfant qui a un TDAH, un trouble du spectre de l'autisme (TSA), un trouble dys ou une déficience intellectuelle sont réelles, et elles méritent des aides. Mais un enfant n'est pas une liste de symptômes. Partir de ce qu'il sait déjà faire n'efface rien : cela donne un point d'appui pour avancer. Voici comment changer de regard, sans angélisme.

La neurodiversité, qu'est-ce que ça veut dire ?

Le mot « neurodiversité » rappelle une évidence : tous les cerveaux ne fonctionnent pas de la même façon, et cette diversité fait partie de la variété humaine. Un enfant qui a un trouble du neurodéveloppement (TND) perçoit, apprend ou s'organise autrement. Ce n'est ni un manque de volonté, ni le résultat d'une mauvaise éducation.

Parler de neurodiversité ne veut pas dire que tout va bien. Un enfant qui a un TSA peut vivre des surcharges sensorielles épuisantes ; un enfant qui a un TDAH peut perdre des amitiés à cause de son impulsivité ; un enfant qui a une dyslexie peut passer des heures sur une page de lecture. Ces difficultés appellent des aménagements, des rééducations, parfois un traitement dont vous parlerez avec votre médecin. Voir les forces ne remplace pas ces aides : cela leur donne un appui.

Qu'est-ce qu'une approche fondée sur les forces ?

Longtemps, l'accompagnement des enfants a surtout cherché à « corriger » ce qui ne fonctionnait pas. En 2001, l'Organisation mondiale de la santé a adopté un autre cadre, la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF). Le fonctionnement d'une personne s'y comprend dans son contexte : ses activités, sa participation à la vie sociale, son environnement, et pas seulement son diagnostic.

Au Canada, deux chercheurs de CanChild (Université McMaster), Peter Rosenbaum et Jan Willem Gorter, ont traduit ce cadre en six mots simples, les « F-words » : functioning, family, fitness, fun, friends, future, soit le fonctionnement, la famille, la forme physique, le plaisir, les amis et l'avenir. CanChild présente cette démarche comme centrée sur la famille, fondée sur les forces et attentive à ce qui compte le plus pour l'enfant et les siens.

L'approche fondée sur les forces (en anglais, strengths-based) ne nie pas les besoins : elle part des intérêts et des compétences de l'enfant pour travailler ce qui est difficile. Une revue de la littérature publiée en 2025 dans la revue Autism, consacrée aux adolescents qui ont un TSA, retient comme bonnes pratiques de s'appuyer sur les intérêts et les compétences de chacun et d'individualiser l'accompagnement. Les effets le plus souvent mesurés portent sur l'autodétermination, les habiletés sociales, la confiance en soi et les compétences liées au travail.

Comment repérer les forces de votre enfant ?

Les forces ne sont pas forcément des talents spectaculaires. Ce sont les choses que votre enfant fait avec plaisir, avec facilité ou avec persévérance, et qui lui donnent de l'énergie. Pour les repérer, observez-le pendant une ou deux semaines et notez :

  • Ce qui le passionne : les dinosaures, les trains, le dessin, un jeu vidéo, les horaires de bus… Un intérêt intense est souvent une porte d'entrée.
  • Sa façon d'apprendre : par l'image, par le mouvement, en posant mille questions, en démontant les objets.
  • Ses qualités relationnelles : son humour, sa loyauté, sa gentillesse avec les plus petits ou les animaux.
  • Ses valeurs : un sens aigu de la justice, l'honnêteté, le souci que les règles soient les mêmes pour tous.
  • Sa mémoire et son attention aux détails : les répliques de films, les noms des joueurs, l'erreur que personne n'a vue.
  • Sa créativité et sa débrouillardise : les inventions, les histoires, les solutions inattendues.

Demandez aussi à votre enfant ce qu'il aime faire et ce dont il est fier, et interrogez ceux qui le connaissent autrement : grands-parents, entraîneur, animateur. Chaque profil est unique. Ces pistes ne décrivent pas des traits « typiques » d'un diagnostic : ce sont des questions à se poser pour votre enfant à vous.

Pourquoi se méfier des « superpouvoirs » ?

Par bienveillance, on entend parfois que le TDAH ou le TSA serait un « superpouvoir », ou que ces enfants seraient tous surdoués. Ces images partent d'une bonne intention, mais elles posent problème. Elles mettent une pression énorme sur l'enfant qui n'a pas de talent hors norme, et elles minimisent des difficultés bien réelles.

Elles peuvent aussi masquer des besoins. Une fille qui a un TSA, à l'aise à l'écrit et qui camoufle ses difficultés en imitant ses camarades, peut sembler aller très bien alors qu'elle s'épuise. Regarder dans les yeux, bien parler et avoir des amis n'exclut pas un TSA. De même, un enfant capable de se concentrer des heures sur un jeu de construction peut avoir un TDAH : cette hyperconcentration sur ce qui le passionne n'exclut pas le diagnostic.

« Les forces se voient à côté des difficultés, jamais à leur place. »

Comment utiliser ses intérêts pour apprendre ?

Un intérêt intense est un formidable moteur. Imaginez Samir, 9 ans, qui refuse d'écrire plus de deux lignes mais connaît par cœur toutes les lignes de métro de sa ville. Et s'il rédigeait le guide du métro pour un touriste ? Il travaillerait l'écriture, l'orthographe, la lecture de plan, et il le ferait avec fierté. Quelques autres idées :

  • Les mathématiques avec les statistiques de son équipe préférée ou les quantités d'une recette.
  • La lecture avec des documentaires ou des bandes dessinées sur son sujet de prédilection.
  • L'expression orale avec un petit exposé, en famille, sur ce qu'il connaît le mieux.
  • Les habiletés sociales avec un club, un atelier ou un camarade qui partage la même passion.

L'intérêt peut aussi servir de pause ou de récompense : dix minutes de dessin après l'exercice difficile. Veillez seulement à ne pas le transformer en devoir permanent. L'enfant doit pouvoir garder sa passion pour le plaisir, sans qu'elle devienne un outil scolaire de plus.

Comment lui parler de ses forces et de ses difficultés ?

Les enfants savent souvent très tôt ce qui leur est difficile : ils l'entendent chaque jour. Ce qu'ils entendent moins, c'est ce qu'ils font bien. Soins de nos enfants, le site de la Société canadienne de pédiatrie, conseille de louanger les efforts et les habiletés de l'enfant en étant précis, et d'éviter d'exagérer les félicitations au moindre succès. Un « Trois essais sans abandonner, bravo ! » dit plus qu'un « Super ! ».

Nommez aussi les difficultés, simplement et sans honte : « L'écriture demande plus d'efforts à certains cerveaux, c'est pour ça qu'on utilise l'ordinateur. » Pour un enfant, entendre les deux côtés de lui-même dans une même phrase est rassurant : « J'ai du mal à rester assis, et c'est souvent moi qui trouve les idées. » Les deux parties de la phrase sont vraies.

Le regard des parents compte. Dans une étude canadienne menée auprès d'enfants qui ont un TDAH et de leurs parents, les uns et les autres situaient dans la moyenne les forces liées aux relations et aux émotions. En revanche, les enfants plaçaient leur vie de famille et leur fonctionnement à l'école dans la moyenne, quand leurs parents les jugeaient en dessous. Les autrices soulignent qu'un regard parental positif pourrait protéger l'enfant, et recommandent de s'appuyer sur les forces pour soutenir les points faibles.

Quel lien avec l'estime de soi ?

L'estime de soi, c'est la perception que l'on a de soi-même. Soins de nos enfants rappelle qu'elle influence les relations de l'enfant, son évolution scolaire et son comportement avec les autres. Pour un enfant qui a un TND, elle est souvent mise à rude épreuve : remarques répétées, efforts invisibles, comparaison avec la fratrie ou les camarades.

Le même site recommande d'aider l'enfant à trouver une activité qu'il aime et qu'il réussit bien, en acceptant qu'il soit très bon dans certains domaines et pas dans d'autres. Un petit rituel du soir aide aussi à garder les réussites en mémoire : noter trois bonnes choses de la journée et qui y a contribué. Enfin, lui laisser des occasions de réussir par lui-même compte autant que les compliments : c'est tout l'enjeu de l'article Accompagner sans surprotéger.

Comment en parler à l'école ?

Les rencontres avec l'école portent naturellement sur ce qui pose problème. Vous pouvez proposer une autre porte d'entrée : commencer par ce qui va bien. Deux minutes suffisent pour dire ce que votre enfant aime, ce qui le motive, ce qui a marché cette année. L'ambiance de la rencontre change souvent, et les solutions viennent plus facilement. Pour la préparer :

  1. Notez trois forces de votre enfant, avec un exemple concret pour chacune.
  2. Notez ce qui l'aide déjà, à la maison comme en classe.
  3. Nommez ensuite une ou deux difficultés prioritaires, pas dix.
  4. Cherchez ensemble comment une force peut aider à contourner une difficulté.
  5. Proposez de faire le point dans quelques semaines.

Par exemple : « Il retient tout ce qu'il entend : pourrait-il apprendre ses leçons à l'oral ? » ou « Elle a un grand sens de la justice : pourrait-elle aider à expliquer les règles d'un jeu ? » Les F-words peuvent même servir de trame : comment va-t-il en classe et avec ses amis, qu'est-ce qui lui fait plaisir, quels projets a-t-il pour la suite ?

Voir les forces avant les difficultés, ce n'est pas fermer les yeux : c'est choisir par où commencer. Votre enfant a besoin d'aides, et il a aussi besoin qu'on croie en lui. Cette semaine, essayez simplement de noter chaque soir une chose qu'il a bien faite : c'est souvent le début d'un autre regard, pour vous comme pour lui.

Cet article donne des repères généraux : il ne remplace ni l’avis d’un médecin, ni l’évaluation d’un professionnel qui connaît votre enfant. Un questionnaire en ligne n’est jamais un diagnostic. En cas d’urgence, appelez les services d’urgence de votre pays.

Sources

  1. CanChild (Université McMaster) : F-words for Child Development
  2. Rosenbaum et Gorter : The « F-words » in childhood disability, I swear this is how we should think! (Child: Care, Health and Development, 2012)
  3. Kraus de Camargo : une approche fondée sur les forces du handicap développemental, les F-words (BMJ Paediatrics Open, 2025)
  4. Organisation mondiale de la santé : Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF, 2001)
  5. Rumsa et coll. : revue de la portée des approches fondées sur les forces pour les adolescents ayant un TSA (Autism, 2025)
  6. Miller, Jelinkova, Charabin et Climie : forces des enfants ayant un TDAH selon les parents et les enfants (Canadian Journal of School Psychology, 2024)
  7. Soins de nos enfants (Société canadienne de pédiatrie) : Comment favoriser une bonne estime de soi chez votre enfant (2018)